La triste chanson de Roland

On prend les mêmes et on recommence: hormis l’exception Gaël Monfils il y a deux ans, la France du tennis pleure sa médiocrité chronique à Roland-Garros, « son » tournoi.

L’abandon de Jo-Wilfried Tsonga, pourtant bien préparé et gonflé à la confiance, en huitième de finale dimanche prive les tableaux masculin et féminin du moindre représentant tricolore. L’onomatopée « cocorico » ne sortira d’aucune glotte de coq français, une fois encore c’est la soupe à la grimace. Le phénomène est d’autant plus déprimant qu’il concerne les deux sexes, car à part Mary Pierce en 2000 et 2005, aucune joueuse bleu-blanc-rouge n’a jamais dépassé les quarts de finale depuis dix ans.

Pour nos hommes, c’est encore plus pathétique. La surface comme excuse ? Impossible, les Français grandissent sur terre battue, ils ne découvrent pas la brique pilée sortie de l’adolescence. La couveuse à champions de la FFT se niche à Roland, les Monfils et Tsonga sont chez eux ici.

Le manque de physique comme explication ? Là déjà on tient une clef. Gasquet, même quand il ne débarquait pas avec deux tournois gagnés dans les jambes, peinait pour enchaîner trois gros matches, Monfils est familier des blessures et gâche sa carrière par ses choix de calendrier, Jo est aussi fragile que puissant, et en son temps Sébastien Grosjean remportait haut la main la palme des feignasses aux entraînements physiques.

Les Français ne bossent pas assez le physique ? Oui et non. En tout cas, ils sont légers dans ce domaine. Quid de la pression ? A mon avis le facteur majeur de ces échecs à répétition. A part l’US Open, Wimbledon et l’Australian Open attendent également un autochtone triomphant depuis belle lurette. Au moins les « Aussies » ont-ils eu droit à une finale de Lleyton Hewitt (battu par Marat Safin en 2005), les « Rosbeef » à maintes demi-finales de Tim Henman et une autre de Murray l’an passé. Mais point de Graal.

Point commun: chaque peuple met tous ses espoirs sur un voire deux joueurs, difficile à gérer l’attente d’un pays. Chez nos amis américains, même quand ils ne sont guère plus à prétendre au sacre, leurs poulains l’ont tellement raflé que la pression s’est évaporée dans le ciel newyorkais. A voir le prochain Noah dans le moindre de ses talents, la France retarde la succession annoncée.

Crédit photo : Passion Leica

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