Journaliste à Roland Garros : comment ça marche ?

La conférence de presse de Marion Bartoli vendredi stigmatise les rapports particuliers entre les stars de la balle jaune et la presse. Car dans le tennis, il y a trois catégories de représentants médiatiques : ceux qui suivent le circuit à l’année et vivent quasi au quotidien avec les joueurs et joueuses ; les envoyées spéciaux sur les grands tournois, également intimes mais beaucoup moins connivents ; et enfin les « bleus », ceux qui débarquent dans un monde presque inconnu. Autant dire que parler d’une lutte des classes dans la caste de mes chers confrères n’est pas usurpé.

En conférence de presse, tout le monde est à la même échelle, au Player’s Lounge ou dans les face à face, la prime à l’entregent prime. Entre les tapes sur l’épaule, les petits discussions privées dans les couloirs du centre des médias, les conversations plus privées et intenses dans le salon des joueurs, les « spécialistes » disposent d’un traitement privilégié. Rien d’infamant à ça si ces nantis de la confidence ne se plaçaient pas eux-mêmes dans une autre dimension d’une arrogance coupable: cette impression de jouer dans une autre ligue, d’être au-dessus de la nasse de débutants ignares en quête d’une information déjà connue de leurs antennes à potins depuis belle lurette. Roland-Garros exacerbe d’autant plus cette lutte des classes que trois quarts de la presse français présente est absent des autres Grand Chelems, laissant les professionnels en un microcosme d’autosatisfaction.

Pour être plus précis je vais vous expliquer comment fonctionne notre travail durant la quinzaine, que vous connaissiez l’envers du décor: si vous désirez disposer d’un « one on one » avec votre cible de la journée, vous faites une demande au bureau de presse au centre des médias situé au premier étage du court Central. Vous donnez votre nom, votre employeur, l’objet de votre requête et le temps demandé. Puis le préposé à ce travail titanesque de centralisation des demandes (le grandissime Nick) vous rappelle, pour vous dire « oui » ou « non ». Pas la peine de demander le top 4 chez les hommes, si vous n’êtes pas de la race des très grands et écumeurs de tournois pour un grand média depuis au moins 10 ans, vous n’avez aucune chance. Inutile aussi de demander Andy Roddick, si vous êtes français c’est de la perte de temps. Si l’intéressé vous répond pas une fin de non recevoir, vous vous contenterez de la conf’ de presse, en attendant demain pour une exclusivité.

Autre outil de travail, le Players’s lounge. Chaque journaliste accrédité y a accès, mais la direction autorise un nombre limité en même temps. Une fois sur place, vous êtes dans la plus complète intimité avec les joueurs, joueuses, entraîneurs et familles. Un régal. Libre à vous d’aller solliciter votre interlocuteur désiré. Si vous connaissez les bons clients et les mauvais (ça fera l’objet d’un prochain billet) vous augmentez votre productivité. C’est dans cet antre que vous ferez les meilleurs articles. Il est très prisé. Mais là aussi, la lutte des classes prévaut. Car les stars choisissent avec minutie leurs interrogateurs.

Crédit photo : Passion Leica

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