Les précieux ridicules

Comme toute la presse française, je suis arrivé à Bloemfontein. Vue du ciel, l’ancienne capitale boer de l’Etat libre d’Orange (1854-1902) semble perdue dans un no man’s land. Une ancienne capitale judiciaire de 650 000 âmes nichée dans une étendue de terre aride.

“La fontaine aux fleurs”, son appellation en Afrikaans, ressemble en somme beaucoup aux Bleus : eux aussi paumés dans un désert de leaders, de cohésion, de solidarité, d’envie. De tout. Dans leur bunker doré d’arrogance et de déni des valeurs les plus élémentaires du sport de haut niveau, les précieux ridicules n’ont pas encore bien conscience des conséquences de leurs actes.

Avec le public de “leur” pays, ce n’est plus une fracture mais la faille de San Andreas. Ils s’en rendont compte bien assez et à temps. Mais savent-ils déjà qu’ils sont la risée de tous les supporteurs et journalistes étrangers présent en Afrique du Sud ? Je sais, je ne vous consolerai pas en vous expliquant dans ce billet que la politique de communication malthusienne n’est pas l’apanage des Coqs sans fierté. Mais bon, je vais quand même vous raconter un petit épisode de “boycott à Dungaland”.

Le sélectionneur brésilien nourrit une aversion profonde pour la presse, les radios, les TV. Parano sur les bords mais également conscient des dégâts qu’une seule petite phrase peut créer, le boss de la Seleçao interdit à ses joueurs de s’exprimer. Mais pas dans la fameuse zone mixte, où pourtant les attend une nasse de cameramen prêts à se battre comme deux soldats de camps ennemis pour le moindre petit son des stars. C’est dans cette tranchée que peuvent s’envoler des espoirs de titre. Beaucoup plus que dans l’intimité des zones exclusives réservées aux médias privilégiés. Dunga s’en moque. Alors quand Elano répond positivement avec le sourire à la demande d’interview d’un confrère, au moment où il se dirige vers le micro, un membre de la délagtion le retient par le bras et tance : “non”. Avec la voix autoritaire d’un chef guide d’un camp scouts pour “lutins” au bord de la crise de nerfs. Elano regarde le journaliste, l’air désolé, les paumes de mains ouvertes lançant : “Je voulais bien, mais…”.

Là, ma source, ma taupe, mon traître à moi, m’apprend qu’aucun brésilien n’a répondu à la moindre interview TV. Pas même O Globo. Décidement, le mutisme est à la mode en Afrique du Sud.

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